La pédagogie de Rudolf Steiner se réfère à une connaissance de l’enfant qui ne nous est pas forcément habituelle.
Sa perception du développement de l’enfant nous ouvre vers un monde où est évoqué un cheminement humain, spirituel, dans
lequel l’enfant a son histoire.
Par ailleurs, nous y constatons un parallèle entre son évolution physique et son évolution
intellectuelle.
C’est une perception globale de l’enfant où chaque dimension de son humanité est en lien avec les autres.
Par exemple, le lien entre l’apparition des dents et les répercutions sur ses apprentissages.
C’est une approche complexe qui se fait par petites touches. Comme une initiation.
Je viens donc partager avec vous quelques découvertes sur le petit enfant, ses caractéristiques et ses besoins. J’espère être
non seulement fidèle à la pensée de Steiner mais vous donner envie de la découvrir.
Deux ouvrages, entre autres, m’ont servi pour écrire ce qui va suivre.
Je fais quelques liens avec d’autres pédagogues, lorsqu’ils me paraissent évidents.
Peu à peu, l’enfant entre dans le monde réel, il construit son « je » par étapes, sortant de cette gangue
spirituelle qui est en quelque sorte son territoire de tout petit, pour peu à peu se confronter avec le monde.
Ceci ne peut bien se faire qu’avec la confiance qu’il a pour l’adulte et par la construction d’un environnement de qualité
qui lui correspond.
Il prend alors que ce qui lui convient et évolue essentiellement par lui-même.
Fait ce qu’il veut en fonction de sa propre organisation.
Ne sommes nous pas étonnés quelque fois par la pugnacité, la force, avec laquelle un enfant VEUT ou REFUSE ! Comme s’il
sentait que cela ne lui convient pas…
Et qui gagne ?
Qu’est ce que nous lui demandons qu’il ne PEUT faire à ce moment ?
Habité par des forces, -ce dernier terme fait penser aux réflexions de F. Fröbel, dans
« L’éducation de l’Homme »- l’enfant grandi tout comme une plante, avec le même système de croissance que nous trouvons dans la nature.
Par des transformations successives.
N’est ce pas le concept de « graine » chère à Comenius
(Voir mon article
« l’enfant est comme… »).
Il nous faut donc adopter cette façon de voir l’enfant grandir.
A l’âge préscolaire l’enfant a le sentiment d’être inséré dans une sphère unique. Une sphère de vie, proche de celle
de sa mère. Rien n’existe en dehors de ce monde qui est magique.
Il ne connait pas de fracture entre le monde extérieur et intérieur.
R. Steiner nous dit que l’enfant n’est pas en mesure de faire la différence entre son monde intérieur, humain et le monde
extérieur. S’il est en proie à la morosité ou…il suppose qu’il se passe la même chose dans le soleil, la lune, l’arbre, ou la plante, qu’en lui-même.
N’est ce pas ce que les psychologues vont appeler la période animiste. ?
Cela se voit dans leurs dessins. Les enfants dessinent leur ressenti corporel avant de représenter leur monde extérieur. Ils
dessinent leur vécu, leur vision première mêlée à la faculté de ressentir intérieurement leurs organes.
Jusque 7 ans toutes les forces de l’intelligence et de la volonté de l’enfant forment un tout. On le
retrouve dans son langage et ce que l’on appelle habituellement « le mot-phrase ». Il va dire : « manteau » pour : sortir, promenade, faire les courses….
Cette perception globale est exprimée aussi par O. Decroly.
Il imite.
« ABSORBE », pour reprendre un terme de Maria Montessori.
Cela nous aide à comprendre l’importance du témoignage que nous pouvons donner, nous, adultes qui sommes proches des tout
petits, qui nous perçoivent au-delà de ce que nous pouvons imaginer.
Ils se mettent au diapason de leur entourage, agissent en fonction de lui et l’imitent au fur et à mesure.
Tout ce qu’un enfant peut apprendre rien que parce qu'il est en notre compagnie. Surtout parce qu’il est en notre
compagnie !
D’ailleurs pourquoi préfère t-il rester près de nous dans la cuisine plutôt que d’aller jouer tout seul dans sa
chambre ?
Cela se voir aussi lorsque l’on veut montrer à l’enfant comme faire quelque chose, il va vouloir le faire en même temps. On
lui dit : « regarde, Avant de faire » mais non ! Si on veut lui montrer comment tourner la pâte pour faire un gâteau ou mélanger deux couleurs en peinture, il a déjà
l’instrument dans la main et le fait de suite !
Les enfants sont totalement confiants. D’où l’importance d’un environnement sécurisant, régulier et
beau.
Ensuite l’enfant dissocie les deux mondes, le sien et l’extérieur. Ce n‘est qu’à ce moment qu’il prend le temps d’écouter
l’adulte…jusqu’au bout ! C’est difficile mais peu à peu il intériorise.
Et si nous aussi nous l’écoutions jusqu’au bout ?
Les contes
sont des images du développement de l’enfant
Le conte est très important pour les petits. L’enfant s’y identifie car il y retrouve l’expression de la complexité
de son cheminement, et les difficultés à construire sa personne, il y a souvent différentes épreuves à surmonter où il retrouve les siennes.
Ce sont les difficultés qu’ils ont pour, peu à peu, entrer dans le monde de la réalité : « Le monde de la
terre ».
Dans ce « retrouve » on est là en face du principe de réminiscence évoqué par Socrate. En effet les contes
« classiques », Grimm, Perrault, Andersen et autres contes traditionnels, font revivre à l’enfant du « déjà vécu » tout comme Platon nous dit que apprendre
est « réapprendre » au regard de l’époque « où nous contemplions les Idées ».
Il n’y a pas à expliquer, l’enfant s’approprie les évènements. Il dévoile ce qui se passe. Ce sont des
images de vérité qu’il découvre. Elles ne s’imposent pas, il écoute, les assimile et s’éduque. Elles vont subir de multiples métamorphoses dans son évolution vers l’âge adulte.
Il est évidement que l’intérêt que le conteur ressent pour l’histoire est essentiel ! l’enfant prend tout !
Les histoires où les personnages sont des éléments de la nature sont très importantes aussi. Des animaux, des plantes, des
pierres…qui s’animent, ont des sentiments et des émotions qui permettront à l’enfant de s’identifier. Il aura peur et va se réassurer, il va avoir de la compassio...et peu à peu élaborer les
sentiments qui feront parte de sa vie et sa culture personnelle.