Samedi 5 mars 2011 6 05 /03 /Mars /2011 19:53

 

Un des textes de Jean Jacques Rousseau que je préfère se situe dans son troisième chapitre de : «  l’Emile, ou de l’éducation »[1]. Ce texte parle de l’adolescence et concerne l’éducation des sentiments.

Fidèle à sa critique du monde urbain, il conseille à l’éducateur de faire vivre son élève à la campagne où, ce qu’il appelle « les passions », se dévoile moins rapidement. Je ne sais si la sexualité des jeunes est moins précoce à la campagne, ou même l’était à son époque, mais dans la compréhension de la continuité de son ouvrage, il entend que leurs sens ne soient pas provoqués trop tôt et qu’ils aient le temps de grandir à leur propre rythme.

Mais le propos essentiel de son texte est qu’il s’agit de bien choisir l’environnement de l’enfant. Il annonce ici les principes montessoriens et la recherche de qualité de l’ambiance. Il demande qu’on évite de montrer à l’enfant des scènes de la vie où il verra l’autre souffrir sans pouvoir réagir. En effet, assister à trop de douleur nuit. Jean-Jacques désire  que l'enfant soit le témoin de « touchants tableaux » qui vont éveiller sa sensibilité. Il ne veut pas que l’enfant s‘habitue à voir la misère. « Longtemps frappés des même spectacles, on ne sent plus les impressions ».

On ne peut s’empêcher de faire la comparaison avec ce que nous voyons actuellement à la télévision où dans les journaux. Certaines images sont exposées sans aucune pudeur vis-à-vis de ceux dont on nous montre la mort ou la souffrance et sans aucune précaution pour le regard de celui qui est devant son poste de T.V. ou est surpris en tournant la page du quotidien. Nous sommes alors coincés entre le fait d’être heurtés et notre impuissance. Nous n‘avons pas l’espace pour nous protéger. Qu’en est-il alors pour l’enfant ? Il n’a pas le recul pour se défendre, pour relativiser. Même nous adultes l’avons-nous ? Est-ce possible de se défendre ?

Plus loin, Rousseau explique la raison pour laquelle on doit choisir les stimulations envoyées à l’enfant : « Il faut toucher et non endurcir, ce n'est pas tant ce que l’enfant voit que son retour sur ce qu’il a vu qui détermine le jugement qu'il en porte ». Ces deux idées se complètent. En effet lorsque Rousseau parle de « toucher » il sous entend non pas bouleverser, bousculer, envahir d’émotion mais il désire provoquer chez l’enfant un long et profond mouvement qui viendra de lui-même non pas comme une « réaction à », mais comme une construction, une création, une évolution qui sera ce « retour », après un travail intérieur actif. Il s’agit qu’il prenne le temps de se souvenir, de penser, de ressentir un sentiment.

Confronté à des situations ou images bien choisies, l’enfant ne va pas « s’endurcir » mais s’éveiller à ses propres sentiments et être plus sensible aux autres.

Ce n’est pas facile de se protéger de la violence qui nous entoure. Des choix de vie s’imposent. « Il faut bien que l’enfant apprenne la vie » dit-on quelque fois.

Les détails de la vie quotidienne, proches de nous, sont porteurs d’impressions que l’enfant partage ou que nous partageons avec lui. Écoutons-le. Nous l’aiderons ainsi à élaborer, construire, sans l’interrompre, sa propre pensée et nous pourrons ainsi réagir à notre tour, échanger… construire ensemble une lecture de la vie.



[1] Editions Flammarion, 1966. Page 300

Par aluje.over-blog.net - Publié dans : ChroniqueS d'ALUJE
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