On ne connait point l’enfance : sur les fausses idées qu’on en a plus on va plus on s’égare » Jean Jacques Rousseau « l’Emile ou de l’éducation » introduction.
Dernièrement, lors d’un cours de pédagogie auprès d’étudiantes EJE, il fut question de la non reconnaissance de l’enfant, avant le 20e siècle. Comme si notre période en avait découvert l’existence et les caractéristiques, grâce à toutes les observations, les multiples ouvrages de pédagogie et de psychologie, psychopédagogie et de pédopsychiatrie, parus depuis le début du siècle dernier. Il est vrai que j’ai souvent entendu dire que c’était Maria Montessori (1870-1952) qui avait mis en valeur les caractéristiques de l’enfant en tant que tel.
Sans enlever toute l’importance que cette pédagogue a eue dans la reconnaissance de l’enfant, ainsi que beaucoup d’autres, remontons dans le temps, grâce à l’ouvrage de Jean François Dupeyron dont nous avons parlé dans la dernière chronique[1] :
« On ne doit pas suivre les mêmes règles à l‘égard de tout le monde puisqu’on ne trouve pas en tous les mêmes dispositions et les même qualités, et qu’il arrive souvent que ce qui profite aux uns est nuisible aux autres…ainsi la règle qu’il faut garder, lorsqu’il s’agit d’instruire les autres…s’accommode et se proportionne aux qualités et aux dispositions »
Ce texte digne des conseils pédagogiques les plus évidents pour nous, est extrait de la « Règle pastorale » de Grégoire le Grand, pape à la fin du VIe siècle.
Nous sommes étonnés ! Ils pensaient déjà cela ? Alors, ils étaient aussi bien que nous ?
Sommes-nous si « éclairés » que cela ?
Il y a quelques dizaine d’années, lorsque j’ai commencé à donner des cours d’histoire de l’éducation, je donnais comme référence, l’ouvrage de Philippe Ariès[2] . Cet historien des mentalités, nous avait appris que sous l’Ancien Régime, on aurait ignoré l’enfance. « Le sentiment d’enfance » serait né très lentement durant les siècles pour aboutir à notre époque à « l’enfant roi ». Cet auteur, qui serait le premier historien de la petite enfance, a fait un travail entre autres, sur les iconographies afin d’y découvrir la place des enfants. Il invente le terme de « mignotage » pour décrire l’attitude devant les poupins, les bébés, avec lesquels on s’amusait, tout en ignorant l’importance de cette période. Par ailleurs, sa description des abandons d’enfants par les mères qui les confiaient aux nourrices, fut reprise par Elisabeth Badinter [3] qui a remis en cause l’amour maternel.
La méconnaissance du « sombre » Moyen âge a amplifié ces préjugés. Cela ne fait pas longtemps que l’on en a accepté une autre perception que celle d’une époque barbare et obscure. Régine Pernoud, historienne, médiéviste, archiviste-paléographe française, qui nous a dévoilé la richesse de cette période, s’amusait à constater que nous étions émerveillés par les cathédrales alors que nous ne prêtions aucune compétence technique et spirituelle à ceux qui les ont construites.
De notre coté, nous acceptions cette barbarie ou obscurantisme concernant l’enfance qui…avait su donner tous ces milliers d’hommes célèbres qui ont fait l’histoire.
Il faut reconnaitre que la connaissance de phrases connues des grands auteurs nous ont aussi orientés vers un jugement erroné des temps anciens, où l’enfant manque de raison avant l’âge…comparé à un petit animal, il doit, selon les travaux de François Loux[4], sortir de son animalité. Descartes a des idées bien méprisantes pour la période de l’enfance. C’est le chaos, pour d’autres, l’enfant a un comportement imprévisible, il est guidé par ses instincts. Fénelon n’a pas non plus d’estime pour les enfants. Bref ! L’enfant est imparfait et nous avons à oublier que nous l’avons été. A-t-il une âme d’ailleurs ?
Il est vrai que ces constatations ont eu le mérite d’aborder le sujet. Leur imperfection a probablement servi de base à des auteurs qui nous ont apporté d’autres éléments contrebalançant les premières connaissances. Je recommande malgré tout l’ouvrage de Philippe Ariès, son approche est intéressante, même si ses conclusions sont contestables.
C’est ainsi que des historiens comme Didier Lett, [5], Danièle Alexandre Bidon, [6] nous ont fait découvrir que cette période d’enfance fut l’objet d’attention, de connaissances, de soins, de tendresse. Ils ont redressé la barre, en quelque sorte, nous apportant d’autres connaissances et ouvertures. Ce n’est pas terminé, mais c’est une contribution d’importance à la construction continuelle de l’histoire de l’éducation.
L’approche de cette dernière nous demande une certaine humilité que nous n’avons pas toujours.
Heureusement, notre époque est bien au faîte du respect de l’enfant, de sa valeur en tant que personne,
Alors… pourquoi ai-je vu dernièrement une institution pour tous petits qui s’appelle: « Les petits lascars » ?
(Lascar signifie : gaillard, zigoto ; par extension : apache, arsouille, bandit, banqueroutier, brigand, cambrioleur, canaille, carambouilleur, chenapan, clephte, coupe-jarret, crapule, crocheteur, écorcheur, écumeur, escarpe, escroc, forban, fripouille, galapiat, gouape, hors-la-loi, malandrin, margoulin, pendard, pilleur, pirate, requin, ruffian, sacripant, scélérat, souteneur, vaurien, voyou !...
La place de l’enfant est toujours à reconstruire…
[1] « Nos idées sur l’enfance » étude des représentations de l’enfance en Occident, l’Harmattan, 2010
[2] « L’enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime, », Seuil, 1984
[3] « L’amour en plus, histoire de l’amour maternel du XVIIe au XXe siècle ». Flammarion, 1998
[4] « Le jeune enfant et son corps dans la médecine traditionnelle » Flammarion, 1992
[5] « L’enfant des miracles, enfance et société au Moyen Age (XII et XIIIe siècle), Aubier, 1997,
[6] « Les enfants au Moyen Age, Ve- XVe siècle » Hachette, 1997
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La pédagogie de Rudolf Steiner
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