Mercredi 15 décembre 2010 3 15 /12 /Déc /2010 16:50

 

mai thu la classe

 

 

Partage d’expériences et de connaissances

sur le sens de ce que vit un jeune enfant


 

 

mai-thu-la-recreation-6900291.jpg

 

Valoriser l'élan créatif

qui traverse la dynamique d’apprentissage

et de la découverte du monde


la ronde  

 

 

Développer des outils originaux

favorisant la dimension ludique de la relation à l’autre

 

 

mai-thu-jeu-dechecs-6900292.jpg

 

Ouvrir les actes éducatifs

sur un regard philosophique et historique

 

 

Les illustrations sont de Mai Thu


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Samedi 18 décembre 2010 6 18 /12 /Déc /2010 14:04
Nous nous sommes rencontrées autour de la construction d'une conférence à deux voix aux Universités d'automne de la FNEJE, en 2009.
Nous avons décidé de suite d'"exploiter" la chance que nous avons eu de nous entendre.  
C'est ainsi que depuis deux ans, nous échangeons, nous réfléchissons, nous élaborons des idées et travaillons ensemble. Nous avons fait d'autres conférences, en particulier dans les Vosges, la région d'Agnès. 
De multiples allées et venues se sont faites entre Chantilly et Metz, nos lieux de résidence.

Toujours en train d'élaborer des projets, nous avons décidé de créer cette association en octobre 2010.

De nombreux EJE font leur travail discrètement avec pugnacité et qualité. D'autres en plus, sont dans la démarche militantiste. Démarche nécessaire en réaction à la situation de la petite enfance.
Nous de notre coté, nous désirons, en complément, faire un travail de fond. 

On a tendance à penser que les réponses à la recherche d'une meilleure qualité pédagogique sont dans des références et explications psychologiques ou dans des arguments sociologiques ou politiques.
Nous croyons qu'il y a dans l'acte même d'éduquer de quoi ouvrir d'autres façons de voir. Moins payantes dans l'immédiat mais non moins efficaces car plus profondes.

 Notre démarche  désire aller au delà de la description de ce qui se fait,
de ce qui se dit, 
au delà d'échanges d'expériences au delà d'explications.
Ce n'est pas simple, mais c'est là!

Nous désirons provoquer une réflexion sur le "pourquoi" de ce que fait un EJE.
Quels sont tous ces "détails réfléchis" qui sont importants et surtout quel est leur sens, quelque fois sens caché, ou sens évident mais dont on aurait perdu la valeur...
Par exemple, certains actes enfantins ont pour dimension cachée, une importance existentielle qui concerne non pas seulement son développement, mais aussi une façon de se situer dans la vie, vis à vis de son histoire propre, de sa culture, de la place qu'il va peu à peu construire.

Pourquoi aider un enfant à avoir confiance en lui? pourquoi provoquer sa joie?Pourquoi lui faire découvrir la beauté d'un son, d'un geste, d'un parfum?
Quel est le sens du don qu'il va faire spontanéement à sa mère ou son camarade?

Nous voudrions aller au delà des constatations, des bonnes intentions éducatives.
Nous ne sommes pas seules. De nombreux éducateurs sont dans cette recherche et surtout de son expression.
 Pouvons nous pousser la réflexion plus loin? voilà notre propos. Pouvons nous la partager? voilà pourquoi nous vous invitons.

  Bernadette et Agnès
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Mercredi 22 décembre 2010 3 22 /12 /Déc /2010 14:30

C’est avec un grand sourire que j’ouvre cette lettre aujourd’hui, à la fois l’aboutissement d’une réflexion de 2 ans entre 2 EJE passionnées (mettre un lien vers la rubrique «auteur» ) et le début d’un échange avec toute personne curieuse de ce qui se passe chez le jeune enfant dans sa découverte du monde et de l’importance d’en prendre soin.

 

Durant ces deux années, l’un de nos co-travail a été de répondre à une demande de la ville de baccarat pour concevoir une conférence dans le cadre d’une exposition de bijoux imaginés par de jeunes créateurs.

 

Ce premier clin d’oeil de l'association ALUJE portera sur le «bijou» dans son aspect conjuratoire, le bijou que reçoit l’enfant et qui parle du projet que nous avons pour lui. Ce bijou qui reste souvent à la porte des établissements petite enfance, précieusement emballé puis restitué aux parents.

photos: (bijou anti cauchemar, bijou baromètre, bijou blessure d’enfance)

 

Les bijoux présentés, nous interpellent de deux façons : à la fois sur la valeur que prend un objet lorsqu’on lui donne du sens et sur la capacité à pouvoir déposer cet objet chargé de significations pour un temps donné.

Dans cette exposition, nous avons découvert:

un bijou anti-cauchemar avec cette minuscule coccinelle qui a l’abri de son œuf de métal a pour mission de dévorer les cauchemars qui se présentent.

barometre-d-humeur--2-.jpgPuis un baromètre d’humeur dont on tourne le cadran qui permet de visualiser l’humeur du jour. I

l y avait aussi ce bracelet pansement qui permet de soigner les blessures d’enfance.

Ces bijoux nous parlent des difficultés, des émotions, de notre vécu. Ils parlent aussi de cette mise en mot, de ce que les professionnels de la petite enfance appellent «  la verbalisation », poser des mots sur ce que vit l’enfant dont l’influence positive est aujourd’hui largement reconnue. Parler de ses difficultés de sommeil, parler de ses peurs, parler d’un état d’esprit gai ou brumeux c’est non seulement inscrire l’enfant dans un univers de ressenti et de paroles mais c’est aussi lui laisser une place pour trouver par lui même un moyen qui lui convient.

La question se pose pour les professionnels de la petite enfance de savoir ce qu’ils font de ces objets divers et variés qui accompagnent l’enfant lors de son arrivée en collectivité. Les boucles d‘oreilles sont souvent retirées et rendues aux parents de peur qu’un autre enfant en absorbe une partie. Les colliers d’ambre qui réduisent le mal de dents sont plus ou moins tolérés. Qu’en est il de ceux qui participent à la transmission d’une croyance, d’une culture ? Dans la dimension symbolique, retirer un de ces bijoux pourrait revenir à retirer symboliquement ce que les parents ont mis en place selon leur histoire familiale et leurs croyances pour protéger leur enfant, pour prendre soin de lui.

Agnès

 

Il ne s’agit plus seulement alors du bijou en lui -même mais peut être de ce qui se joue entre le professionnel et le parent. Par exemple de l’anxiété du parent qui se demande comment le professionnel va prendre soin de son enfant et à la fois tendu à l’idée qu’il perd quelque chose en confiant son enfant. De son côté le professionnel est pris entre son souhait d’être reconnu comme un bon professionnel et les exigences, souvent sécuritaires de la collectivité. La responsabilité des professionnels de la petite enfance est engagée si un enfant absorbe un objet et la vie en collectivité comporte des risques. Quel équilibre trouver ? Ce qui est en question, c’est l’écoute, le dialogue qui va s‘établir entre les parents et les professionnels. Il ne s’agit pas ici d’accepter ou non les bijoux, il s’agit de construire la confiance entre parents et professionnels. sans doute aussi de  construire un espace ou  chacun sera entendu dans ses valeurs éducatives et ses croyances, sa façon de prendre soin de son enfant. Alors, les bijoux dans les établissements petite enfance interrogent-ils  le positionnement professionnel lors de l’accueil quotidien ? 

Agnès

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Mercredi 22 décembre 2010 3 22 /12 /Déc /2010 14:32

"La règle d'or, c'est qu'il n'y a pas de règle d'or."

George Bernard Shaw

 

Et pourtant  comme nous voudrions qu’il y en ait des règles immuables pour alimenter nos certitudes éducatives!

Alors, que faire de cette constatation ?

 

Lors d’un cours de pédagogie avec des EJE, nous avons abordé les idées essentielles à la base de notre démarche pédagogique. Notre règle d’or était que l’enfant est au centre de notre démarche éducative. Il est notre repère. Nous argumentons souvent cette idée auprès des autres qui ne pensent pas comme nous. Nous sommes choqués lorsque lors d’une décision le concernant, nous voyons que d’autres critères comme par exemple le rythme de vie des adultes, va s’imposer.

 

Et s’il y avait une autre façon de voir ? Si ce n’était pas une règle d’or ?

 

Dire que l’enfant est le centre de nos préoccupations est-il si opportun que cela ? Est-il un but en lui-même ? Est-ce que ce n’est pas réducteur ? N’y a-t-il pas autre chose qui va au-delà de lui et de notre action? En l’occurrence son destin, sa vocation, son chemin…Par ailleurs ne fait-il pas partie d’un ensemble, d’un paysage, d’un passé, d’un futur, d’une culture, d’une humanité ? Et pourtant c’est cet enfant là maintenant qui est important.

 

Quelle est notre part dans la découverte du sens de sa vie, de la vie ?

Affaire à suivre !

Bernadette

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Vendredi 31 décembre 2010 5 31 /12 /Déc /2010 10:46

L’admiration et la fête de l'arbre


je suis attirée par des cris, à la télévision.

Je vais voir: nous sommes dans la forêt. Un arbre, énorme et haut sapin, monte vers le ciel pour être posé délicatement sur le plateau d'un camion qui va l'emmener à Strasbourg.

Sapin_de_Noel.jpgDes enfants regardent. Un petit se met à hurler de joie, d'admiration...c’est beauoooo... ouiii...

Petits et grand sont impressionnés par la force et la légèreté de ce monument de la nature. Et moi par les hurlement de cet enfant dont le cri m'envahit les oreilles et le coeur. Quelle jubilation!

Comme si l'enfant était devenu arbre? était dans l'esprit de l'arbre? ne sommes nous pas dans une période de fête où la nature est là avec toute sa force cosmique? quelle élévation!

Quelle force aussi, cet énorme camion va s'en aller à la grande ville. Là la créatrice va le transformer en féérie où des milliers de personnes vont avoir le coeur gonflé de gratitude pour la beauté, les lumières...

Qui sont là pour nous aider à conjurer la nuit de l'hiver.

Qui sont là aussi pour nous donner envie de partager notre joie, de nous transporter au delà du quotidien, dans une autre partie ponctuelle et furtive qui nous laisse entrevoir que dans la vie il y a autre chose.

A chaque fois que nous sentons notre coeur se gonfler en compagnie d'un enfant lors d'un partage de la beauté, alors nous nous élevons tous.

Ne sommes nous pas là pour cela?

Elever?!


Bernadette

 

origine de la photo: hanane.zevillage.org/news/noel-en-france


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Mercredi 12 janvier 2011 3 12 /01 /Jan /2011 10:13

 

Je suis en train de lire «L’art difficile de ne presque rien faire » de Denis Grozdanovitch[1] . Cet ouvrage de sagesse et de légèreté, a quelque chose de déroutant, à notre époque où le faire, l’immédiateté et l’efficacité nous entrainent à être performants. 

Cet auteur nous introduit dans une autre sphère de la vie. Avec de courts chapitres, il nous fait part de ses réflexions personnelles étayées souvent par des lectures. Lui-même a publié un « petit traité de désinvolture[2]». Nous sommes surpris. Cette sorte de demi-mesure, cette légèreté seraient valables dans notre existence?

 

« Ne presque rien faire » et l’éducation

 

Une similitude avec l’éducation me vient à l’esprit. Ce « ne presque rien faire » questionne. Cela me fait penser à Jean Jacques Rousseau qui, dans « l’Emile ou de l’éducation » nous dit qu’une seule phrase bien choisie est plus utile que de beaux discours. Je rajoute : cette phrase serait courte et dite au bon moment. Nous avons tellement tendance à répéter nos directives, comme si nous voulions que « ça rentre » ou que nous devions nous convaincre nous même.

Lors d’un cours avec des étudiantes éducatrices, alors que nous échangions sur la façon d’apprendre le sens des valeurs aux enfants, elles ont évoqué la répétition ! Comme si la quantité d’injonctions sur ce qu’il faut faire ou pas était efficace. N’est ce pas ce que nous avons tendance à faire ? Alors que pour ce sujet, ne s’agit-il pas plutôt de faire surgir de l’enfant un élan vers le mieux ? Par un acte juste, léger : une petite phrase, un silence, une proposition, une question ? Comme lorsqu’on sème une petite graine à la bonne époque. Pour provoquer une situation ni trop riche ni trop pauvre, que l’enfant vivrait, avec ses manques et ses possibles. Elle laissera à l’enfant l’espace à son imagination, à son envie de se dépasser, à sa curiosité, pour trouver le chemin qui le fera grandir, faire ses propres déductions et prendre ses décisions.

C’est un chemin qui s’apprend peu à peu, non pas seulement de la part de l’enfant mais aussi bien de l’adulte qui pour lui-même refait ses choix régulièrement ou à travers les évènements de la vie. Sommes-nous actuellement dans cette situation qui comporte suffisamment de manques et de possibilités ? Les deux me paraissent liés. Est-ce dans l’opulence ou sa recherche que nous prenons les meilleures décisions ou que nous goûtons le mieux à la vie?

 

Entre Jean Jacques et Grozdanovitch

 

Lors que j’ai lu, pour la première fois, que pour Jean Jacques Rousseau la simplicité était essentielle, je n’en n’ai pas compris tout le sens. En effet, pour lui, le contexte de la campagne est important et Emile fréquentera les paysans. Comme cela peut nous paraitre désuet, bucolique, banal même !

En profitant d’une lecture plus moderne, citée au début, plus en relation avec notre actualité et qui parait plus provocatrice, cela m’a amenée à réaliser qu’a différentes époque il est souhaitable de rappeler que l’essentiel n’est pas dans le plus sensationnel ni le plus visible et surtout qu’il en est de même en éducation et même en pédagogie. L’abondance de biens n’est pas forcément le mieux. Que ce soit dans la conception d’un jeu complexe, dans la multiplicité des moyens pédagogiques il peut y avoir comme une illusion qui empêche de voir l’essentiel.

Hier soir, une émission à la T.V. nous présentait des jeunes « trentenaires » qui se réunissent tous les vendredis pour jouer au jeu de l’oie ou autre jeu de société pour…le plaisir du jeu, de la rencontre…

 

 

 


[1] Préface de Simon Leys, Ed. Denoël, 2009

[2] Denis Grozdanovitch, Petit traité de désinvolture, éditions Corti, 23 août 2002.

 

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Samedi 5 mars 2011 6 05 /03 /Mars /2011 19:53

 

Un des textes de Jean Jacques Rousseau que je préfère se situe dans son troisième chapitre de : «  l’Emile, ou de l’éducation »[1]. Ce texte parle de l’adolescence et concerne l’éducation des sentiments.

Fidèle à sa critique du monde urbain, il conseille à l’éducateur de faire vivre son élève à la campagne où, ce qu’il appelle « les passions », se dévoile moins rapidement. Je ne sais si la sexualité des jeunes est moins précoce à la campagne, ou même l’était à son époque, mais dans la compréhension de la continuité de son ouvrage, il entend que leurs sens ne soient pas provoqués trop tôt et qu’ils aient le temps de grandir à leur propre rythme.

Mais le propos essentiel de son texte est qu’il s’agit de bien choisir l’environnement de l’enfant. Il annonce ici les principes montessoriens et la recherche de qualité de l’ambiance. Il demande qu’on évite de montrer à l’enfant des scènes de la vie où il verra l’autre souffrir sans pouvoir réagir. En effet, assister à trop de douleur nuit. Jean-Jacques désire  que l'enfant soit le témoin de « touchants tableaux » qui vont éveiller sa sensibilité. Il ne veut pas que l’enfant s‘habitue à voir la misère. « Longtemps frappés des même spectacles, on ne sent plus les impressions ».

On ne peut s’empêcher de faire la comparaison avec ce que nous voyons actuellement à la télévision où dans les journaux. Certaines images sont exposées sans aucune pudeur vis-à-vis de ceux dont on nous montre la mort ou la souffrance et sans aucune précaution pour le regard de celui qui est devant son poste de T.V. ou est surpris en tournant la page du quotidien. Nous sommes alors coincés entre le fait d’être heurtés et notre impuissance. Nous n‘avons pas l’espace pour nous protéger. Qu’en est-il alors pour l’enfant ? Il n’a pas le recul pour se défendre, pour relativiser. Même nous adultes l’avons-nous ? Est-ce possible de se défendre ?

Plus loin, Rousseau explique la raison pour laquelle on doit choisir les stimulations envoyées à l’enfant : « Il faut toucher et non endurcir, ce n'est pas tant ce que l’enfant voit que son retour sur ce qu’il a vu qui détermine le jugement qu'il en porte ». Ces deux idées se complètent. En effet lorsque Rousseau parle de « toucher » il sous entend non pas bouleverser, bousculer, envahir d’émotion mais il désire provoquer chez l’enfant un long et profond mouvement qui viendra de lui-même non pas comme une « réaction à », mais comme une construction, une création, une évolution qui sera ce « retour », après un travail intérieur actif. Il s’agit qu’il prenne le temps de se souvenir, de penser, de ressentir un sentiment.

Confronté à des situations ou images bien choisies, l’enfant ne va pas « s’endurcir » mais s’éveiller à ses propres sentiments et être plus sensible aux autres.

Ce n’est pas facile de se protéger de la violence qui nous entoure. Des choix de vie s’imposent. « Il faut bien que l’enfant apprenne la vie » dit-on quelque fois.

Les détails de la vie quotidienne, proches de nous, sont porteurs d’impressions que l’enfant partage ou que nous partageons avec lui. Écoutons-le. Nous l’aiderons ainsi à élaborer, construire, sans l’interrompre, sa propre pensée et nous pourrons ainsi réagir à notre tour, échanger… construire ensemble une lecture de la vie.



[1] Editions Flammarion, 1966. Page 300

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Samedi 2 avril 2011 6 02 /04 /Avr /2011 08:33

J’ai consulté dernièrement, un ouvrage intitulé : « Nos idées sur l’enfance »[1], de Jean François Dupeyron. Cet ancien instituteur, après avoir fait des études de philosophie, est formateur à l’IUFM de Bordeaux.

Son ouvrage, fruit d’une thèse, est très dense. C’est un bon outil de travail pour des étudiants. On devrait le trouver dans les centres de documentation sur  l’éducation. Que ce soit dans les IRTS ou les centres de formation d’éducateurs.

 

Je retransmets ici l’essentiel de sa conclusion.

 

Un va et vient se constate entre la représentation de l’enfant dans différents secteurs et celui, vaste, des représentations de la société et de l’humanité. Par exemple, la conception de l’enfant-citoyen ou la priorité sur « les droits de l’enfant », qui reflètent les références de la société démocratique actuelle.

 

Il y aurait cette classification dans nos représentations:

 

-« L’enfant-manque », où l’enfant est perçu comme défectueux. Il est l’objet de mépris. Ce qui entraine une éducation conditionnante où la sévérité est de mise.

 

-« L’enfant-innocent » qui entraine des pratiques non-directives, une foi idéaliste et un amour de ce « paradis perdu » qu’est l’enfance. Ce qui entraîne un respect absolu de la nature de l’enfant.

 

-« L’enfant-objet »,  objet de nombreuses observations, retransmises dans les disciplines universitaires comme la psychologie où les sciences de l’éducation. Ce qui induit une approche scientifique, avec programmation, objectifs et moyens, où l‘enfant est enfermé.

 

-« l’enfant sujet », ce qui provoque un respect inconditionnel de sa personnalité. La pédagogie mise alors sur la libre activité de l’enfant, son autonomie et l’auto éducation.

 

-« La représentation « nietzschéenne ». Où l’humain perfectionne la création de soi. On retrouve ici le « devenir soi-même » de Nietzsche. Nous avons extrait une partie de ce chapitre, qui nous est apparue tout particulièrement intéressante.

Au lecteur de se l’approprier :[2]

« Ainsi notre homme a parlé de l'enfance ; ajoutons qu'il en a parlé autrement, et que son discours est radicalement autre. Il repose en effet sur plusieurs inversions par rapport aux principales vues habituelles, telles que nous avons pu les étudier dans les quatre premiers chapitres.

Première inversion : l'enfant n’est pas celui qui a été enfanté, mais celui qui
enfante. Il n'est pas le créé, mais le créateur, celui qui porte partout la bénédiction de
son affirmation riante et légère, celui qui donne vie à l'existence. L'enfance est un
enfantement, une éternelle nouveauté. « Innocence est l'enfant, et un oubli et un
recommencement, un jeu, une roue qui d'elle-même tourne, un mouvement premier,
un saint dire Oui. Oui, pour le jeu de la création, mes frères, il est besoin d'un "oui "
sacré... »

 

Seconde inversion : l'enfant n 'est pas celui que l'on doit quitter (l'inférieur) mais
celui que l'on doit devenir (le supérieur). 
Il est la forme d'humanité la plus
accomplie,   la plus  porteuse  d'espoir,  celle  qui  est  atteinte  au  terme  de  la
métamorphose ultime. « Qui tardivement est jeune longtemps demeure jeune. »

 

Troisième inversion : l'enfant n’est pas l'entrave qui retient dans la puérilité mais
le moyen de se dépasser vers la maturité.
L'enfance est donc en elle-même et tout à
la fois la maturité vraie et ce qui permet de toucher à cette maturité. L'enfant n'est
pas celui qu'il faut sauver de lui-même, mais celui qui sauve. Il est le vent,
l'ouragan, la tempête qui guérit. « C'est tel un rire d'enfant mille fois multiplié que
vient Zarathoustra en tous caveaux mortuaires, se riant des veilleurs de nuit [...] en
vérité, le rire même, comme un multicolore firmament, sur nos têtes l'as déployé.
C'est un rire enfantin qui des sépulcres toujours maintenant va sourdre ; c'est une
victorieuse  tempête  sur  toute  mortelle  lassitude  qui  toujours  maintenant  va
souffler. »

 

Quatrième inversion : L'enfant n’est pas le faible, l'ignorant, le démuni, mais le
fort, le sage, le vigoureux prodigue.
Prodige de la prodigalité, il est la source et la
ressource au service de ce dépassement de soi-même qu'est la vie. Il est animé par
cette grande santé que Nietzsche passe son temps à rechercher ou à prétendre
posséder : « la juvénile, la verte vertu ! ».

 

Cinquième inversion : L'enfant n'est pas la petitesse, la forme miniaturisée de la
maturité, mais la grandeur, l'expansion. On peut même dire que c'est au contraire
l'adultité qui est pour Nietzsche, trop souvent, une version amoindrie, réduite,
miniaturisée de l'enfance. « Celui qui veut comprendre, calculer, interpréter [...] ne
voit pas certaines choses que l'enfant est capable de voir. »

 

Sixième inversion : L'enfance n’est pas une innocence immaculée et spontanément moralisée mais une innocence plus radicale, égoïste s'il le faut. Au schème simple qui associe enfance et pureté angélique, Nietzsche oppose l'image d'une enfance douée d'une innocence supérieure, au-delà du Bien et du Mal, dans ce domaine d'activité créatrice où l'égoïsme est aussi une vertu. Comme le dit Zarathoustra r comme l'enfant créateur est censé le montrer en toute innocence, il faut proclamer « sain et saint le je, et bienheureux l'égoïsme... » « Où se trouve l'innocence ? Là où se trouve la volonté de procréation. »  

 

(Fin de citation)

 

 

Ces représentations ont-elles des conséquences éducatives, que ce soit avec la théorie ou la pratique ? Le lien  qu’elles ont avec l’acte éducatif n’est pas mécanique. La représentation peut-être porteuse mais, elle peut servir à justifier une attitude qui a ses origines autre part.

 

Il y a des doubles discours. Par exemple, Rousseau est favorable à l’enfant et par ailleurs il manifeste régulièrement des attitudes de méfiance vis-à-vis de lui.

 

Un des intérêts de cet ouvrage est d’avoir travaillé sur le rapport, entre ce que nous faisons et ce à quoi nous croyons. Nous avons tendance dans notre monde occidental à penser que nous sommes guidés que par les idées, mais nous retravaillons constamment nos représentations de l’enfant par la pratique. Ceci sous la pression des faits où de multiples éléments influencent.

 

Mais ces représentations ne sont que des simplifications grossières de la réalité.

 

Elles cohabitent souvent chez l’éducateur qui oscille entre des représentations contradictoires.

 

Il y a souvent un espace entre ses convictions sur ce qu’est l’enfant et ses façons d’agir.

 

L’usage des représentations est sélectif en fonction d’un certain nombre de données. (Confort ou inconfort, plaisir, déplaisir, dangerosité, intérêt de l’enfant…).

 

Ces représentations expriment aussi notre place dans le monde en plus de notre vision du monde.

De plus on n’a pas forcément la représentation exacte de ce que l’on fait réellement. La notion de « sujet », par exemple peut-être un leurre. On croit respecter l’enfant alors que notre attitude démontre le contraire…

Les représentations sont remodelées par l’action et nous les y réajustons. Ainsi nous croyons être cohérents.

 

Nous voici entre discours et acte !

N’est ce pas le propre de l’éducateur ?

 

L’individu fait partiellement ce qu’il pense et pense partiellement ce qu’il fait. Ce qu’il fait transforme ce qu’il pense, c'est-à-dire les représentations. Cette dernière est une forme intercalée entre la réalité et le sujet, elle crée des généralités qu’il est difficile de réajuster à chaque cas dans sa singularité et sa complexité.

Ce travail doit être complété par une réflexion philosophique car les représentations ne suffisent pas. Quel est le sens de ce que nous faisons ? Quels sont nos principes éthiques fondant nos pratiques sur autre chose que des conceptions impensées ?

 

L’éducation est toujours en mouvement…

 



[1] Étude des représentations de l’enfance en Occident, l’Harmattan, 2010

 

[2] Page 281 op.cit.

Par aluje.over-blog.net - Publié dans : ChroniqueS d'ALUJE
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